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Harlem

Sois sage ô ma terreur et tiens-toi plus tranquille

Je crains que ma blancheur détonne dans la ville…

 

Chanter dans l’noir pour ne pas avoir peur

Cruel dilemme pour un homme de couleur

Dans tes rues, Harlem, j’entends des sirènes de police

Je préfère tes sirènes, celles qui ont la peau lisse

Harlem, Harlem, j’ai peur

J’ai peur Harlem au milieu de ta nuit

Je sens l’haleine d’un couteau qui me suit

Quand je me retourne

Des millions d’étoiles devant moi

Ruissellent sur tes toits de neiges et de suies

Harlem chéri

Toi la crèche où le petit crépu est né

Toi la dèche mille fois surmontée

Par un swing de velours dans un tempo d’acier

Harlem pacifié… pas trop s’y fier

 

Tiens, v’là Mingus, j’croyais qu’il était mort

L’olibrius a toujours du ressort

Devant moi il passe

À moitié radeau de la Rascasse, à moitié porte-avions

Hérissé de rayons, cactus Mingus

Un vent glacial fait du base-ball avec un journal

Un génie crève, mais voici le plus beau :

Le tambour de son cœur fait craquer son tombeau

J’ai froid, j’ai chaud, Harlem

 

Chanter dans l’noir pour ne pas avoir peur

Unique espoir pour un homme de couleur

Soudain le miracle

Alors que je n’ai bu que de l’eau

J’aperçois Apollon qui sort de l’Apollo

Harlem

De neige

Et d’suie

Harlem j’te suis

 

 

(Fables of Faubus), adaptation française Claude Nougaro (1987), auteur compositeur Charles Mingus, © 1959 Jazz Workshop Inc.

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