Lait caillé
Je me souviens du lait caillé
Du lait caillé au lait de chèvre
Qui me faisait au bord des lèvres
Venir l’eau comme l’écailler
Quand il ouvre l’huître mouillée
Je me souviens du lait caillé
Et sa marchande était célèbre
Avec ses fioles coloriées
Pour arroser le lait caillé
Quand l’air se mettait printanier
Le lait caillé le lait caillé
Il arrivait dans l’avenue
Sur sa charrette bienvenue
Poussée par la femme célèbre
À la sonore voix de chèvre
Quand elle se mettait à brailler
Le lait caillé le lait caillé
À travers les persiennes, moi zèbre
Je filais vers son tablier
Elle me versait le lait caillé
Dans un récipient émaillé
Que je tendais, noir écolier
Entre mes doigts pleins d’encrier
Après je monte l’escalier
De bois, premier palier
Et la cuisine grenadine
Avec le poêle noir, l’évier
La T.S.F. sur le noyer
La toile cirée où midi dîne
Je lampe dans la grosse cuiller
La saveur fraîche, inoubliée
Du lait caillé
Mais un détail me vient aux lèvres
J’ai commis une erreur de pis
Le lait caillé n’est pas de chèvre
L’est de brebis
Auteur Claude Nougaro, © 2018 Nougaro Éditions.
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