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Le chant du désert

Dans le désert du papier blanc

Mes vieux chameaux de mots naviguent

Croisant parfois les ossements

D’un poème mort de fatigue

 

J’ai soif

 

Bédouin brûlé par l’aveuglant

Néon d’un néant, sèche douche

Je marche, marche, m’ensablant

Un bâillon d’encre sur la bouche

 

J’ai soif

 

Il est des bouches oasis

Tout enchantées de phrases fraîches

La mienne suce le supplice

D’une langue qui se dessèche

 

Pourquoi me suis-je, ah là là

Aventuré parmi ces dunes ?

Croyais-je y rencontrer Allah,

Son burnous en bure de lune ?

 

Il m’aurait dit : “ Ta soif me plaît

Voici ma gourde d’eau mentale ”

Alors j’eusse bu les couplets

D’une chanson fondamentale

 

Une chanson à l’infini

D’un souffle neuf brisant ces noces

Qui nous font naître dans un nid

Halluciné de becs féroces

 

Une chanson puisée ailleurs

Qu’à la litanie de nos plaintes

Mêlée aux hymnes fossoyeurs

Dans le poumon des guerres saintes

 

Une chanson calmant la soif

De nos soifs enfin inondées

Oui qu’une pluie enfin nous coiffe

D’une chevelure d’idées

 

Idées dictées pour en sortir

De nos mariages et leurs divorces,

De nos bourreaux et leurs martyrs,

De nos contrats et leurs entorses

 

De nos salam, salamalecs

Au sommet sec de nos puissances

Quand nos enfants claquent du bec

Dans la patrie de l’innocence

 

J’ai soif, soif

 

Et me voici là devant vous

Frères humains, but de ma course

Les doigts tendus comme des trous

Vers la lumière d’une source

J’ai soif

Source, chant source

Jaillis, jaillis, jaillis…

 

 

Auteur Claude Nougaro, compositeurs Claude Nougaro et Eddy Louiss, © 1975 Éditions du Chiffre Neuf.

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