Image du poème

Les billes

Quand l’écolier se déshabille

De ses habits tombent des billes

Je me souviens d’une bille de verre

Qui n’était pas piquée des vers

Je me souviens d’une bille d’innocence

Le monde était rond petit patapon

Je me cachais dessous la robe des femmes

Les jours d’été c’était là qu’il faisait bon

Quand l’écolier se déshabille

De ses habits tombent des billes

Je me souviens d’une bille de verre

Qui n’était pas piquée des vers

Quand l’écolier se déshabille

De ses habits tombent des billes

Elles se roulent des prunelles

De petites filles modèles

Quand l’écolier se déshabille

De ses habits tombent des trilles

Des trill’s de bill’s qui trinqu’nt entre elles

Dans un carrousel d’étincelles

Quand l’écolier se déshabille

De ses habits tombent des billes

Je me souviens d’une bille d’agate

Puis je me souviens d’une nuit qui fit date

 

Alors une nuit l’enfant s’éveille

Dans une fusée de lait d’étoiles

Explosion si douce, cette sève de flocons

Sur son ventre, ce sanglot sidéral

Et puis une nuit l’enfant s’éveille

Dans un rêve vert vertigineux

Quel est ce frisson de l’air,

Cette aile sur son front qui joue avec le feu

C’est elle

Et puis un matin l’enfant s’éveille

Il s’éveille à l’homme dangereux

“ La terre vue de loin on dirait que ça baigne

– Approche-toi petit, plus près, encore plus près

– Je vois des taches rouges, on dirait que ça saigne

– On dirait pas petit, ça saigne pour de vrai ”

Cette arche de beauté qui baigne dans l’espace

Se creuse à l’intérieur d’une échine qui mord

Devant la nuit des temps cette ronde de grâce

Est une arène en flammes illuminée de mort

 

L’univers est un jeu de billes

Dans la cour de la création

Je t’échange toutes mes billes de plomb

Contre une bille qui brille brille

Ma belle planète, mon globe bleu

Abîmes noirs, sommets neigeux

Sur ta roulette, je joue le jeu

Je lance ma bille

 

Terre,

Dans le Vél’ d’hiv’ de l’univers

Tu glisses sur ta chambre à air

Petite reine qui scintille

Roulement à billes

 

Quand l’écolier se déshabille

De ses habits tombent des billes

Je me souviens d’une bille d’agate

Puis je me souviens d’une nuit qui fit date

 

 

Auteur Claude Nougaro, compositeur Maurice Vander, © 1985 Éditions du Chiffre Neuf.

Retour