Image du poème

Mater

Je ne sais plus où j’en suis

De mes jours et de mes nuits

Aplati dans la poussière,

Je balbutie : Terre, ma terre

Mon enfantine ronde,

Ma fumante soupière

Sur la nappe du monde…

Terre, ma terre

Mater dolorosa

Qui te coiffais, l’hiver,

D’un grain de mimosa

Terre, pays des arbres buveurs de ciel

Terre, grossesse à la taille d’arc-en-ciel

Terre, sombre caveau de nos ossements

Terre, cinéma muet de notre tourment…

 

Je ne sais plus qui je suis

Je ne sais plus quoi je suis

Aplati dans la poussière,

Je balbutie Terre, ma terre

Patrie prédestinée

Dont les dieux méditèrent

La Méditerranée

Terre, ma terre

Mon bel astre innocent

Qui rit en solitaire

Et bave un peu de sang

Terre

Il ne sera pas dit, non, il ne,

Terre,

Il ne sera pas dit que tu m’en-

Terres

À coups de cime ou bien de cime-

Terre

 

Avant que je n’aie percé le mystère,

Le mystère au fond du puits

De mes jours et de mes nuits

Et balayé la poussière

Qui souille mon habit,

Mon organique habit qui m’habite

Terre, ma terre

Ô ma terre chérie,

Toi qui me fis des ailes à la bite

Terre, panthère

Rayée comme le temps

D’apercevoir l’éther

Et de crier maman…

Je ne sais plus où j’en suis

De mes jours et de mes nuits

Aplati dans la poussière,

Je balbutie Terre, ma terre…

 

 

Auteur Claude Nougaro, compositeurs Claude Nougaro et Maurice Vander, © 1970 Éditions du Chiffre Neuf.

Retour