Le piano de mauvaise vie
T’as p’t’être bien joué du Mozart, du Debussy
T’as p’t’être fait des gammes du côté de Passy
Avant que l’on t’étrenne dans c’ bar enfumé
Vieux piano, t’as pas eu d’veine
Mais tu sers du jazzman sans t’vexer
On t’a baptisé avec une bouteille de scotch
Sur ton acajou, on a fait des encoch’s
Et tes touches d’ivoire sont toutes roussies
Par la cendre des cigares
Maintenant t’es vraiment notre ami,
T’es chouette, tu flott’s comme Le Vaisseau fantôme
T’es poète puisque la nuit est ton royaume
Tu es pur, près de toi on r’devient tout môme
Dans l’ buffet t’as plein d’azur, oui
T’as p’t’être bien joué du Mozart, du Debussy
T’as p’t’être fait des gammes du côté de Passy
Avant que l’bop te touche, sacré coup du sort
Et t’accroche à ce bar louche
Mais l’matin quand enfin tu t’endors
Alors tu rêves qu’t’es dans une salle Pleyel
En plein ciel, tu donnes le concert éternel
Et les anges pour t’applaudir battent des ailes
Mais soudain tout se mélange…
L’paradis, l’enfer, les bastringues et les salons
Mozart joue du jazz coiffé d’un chapeau m’lon
Enfin tu te réveilles, tu nous reconnais
Y a ton cœur qui s’ensoleille
Au milieu des bouteilles, d’la fumée
Tu t’étires et bravement tu r’commences
Ta journée
(Jéru), adaptation française Claude Nougaro (1957), auteur et compositeur Gerry Mulligan, arrangement Michel Legrand, © 1954 Beechwood Music Corp.
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