Chanson de pirates
Nous emmenions en esclavage
Cent chrétiens, pêcheurs de corail
Nous recrutions pour le sérail
Dans tous les moutiers du rivage
En mer les hardis écumeurs
Nous allions de Fez à Catane
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs
On signale un couvent à terre
Nous jetons l’ancre près du bord
À nos yeux s’offre tout d’abord
Une fille du monastère
Près des flots, sourde à leurs rumeurs
Elle dormait sous un platane
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs
La belle fille, il faut vous taire
Il faut nous suivre, il fait bon vent
Ce n’est que changer de couvent
Le harem vaut le monastère
Sa Hautesse aime les primeurs
Nous vous ferons mahométane
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs
Elle veut fuir vers sa chapelle
Osez-vous bien, fils de Satan ?
Nous osons, dit le capitan
Elle pleure, supplie, appelle
Malgré sa plainte et ses clameurs
On l’emporta dans la tartane
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs
Plus belle encore dans sa tristesse
Ses yeux étaient deux talismans
Elle valait mille tomans
On la vendit à sa Hautesse
Elle eut beau dire : « Je me meurs ! »
De nonne, elle devint sultane
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs
Texte de Victor Hugo tiré du recueil Les Orientales (1829), compositeurs Claude Nougaro et Maurice Vander,
© 1980 Les Éditions du Chiffre Neuf.
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