Prométhée
C’était il y a des lustres, il y a belle lurette
Les Dieux étaient aigris, morgueux et trouble-fête
Aux hommes médusés ils avaient déclaré
De feu serez privés car vous nous déplaisez
Sous notre œil courroucé vous pouvez vous les g’ler
C’était il y a des lustres, il y a belle lurette
Les hommes étaient tremblants des pieds jusqu’à la tête
C’est alors qu’apparut un grand gars rigolo
Qui leur dit : Mes amis ravalez vos sanglots
Je m’appelle Prométhée, je sais où est le feu
J’irai vous le voler mais en guise d’adieu
Prométhée-moi d’en faire bon usage
Prométhée Prométhée-le-moi
Et c’est depuis ces lustres, depuis cette lurette
Que chaque soir au dîner un grand aigle rouspète
– Du foie, toujours du foie, j’en ai jusqu’au gésier
De leur côté les hommes se sont réchauffés
Quand furent rassasiés, se mir’nt à réfléchir
– Le feu, maintenant qu’on l’a, va falloir le nourrir
Prométhée-moi d’en faire bon usage
Prométhée Prométhée-le-moi
Et voilà bien des lustres, voilà belle lurette
Que les homm’s embrasés consument la planète
Ils ont brûlé les livres, les forêts, les sorcières
Mis l’huile sur le feu, le feu à la tanière.
Feux de paille, feux de joie, de Saint-Jean, d’artifice,
À coups de lance-flamme Rome et Persépolis
Prométhée-moi d’en faire bon usage
Prométhée Prométhée-le-moi
Il n’y a plus de lustres, il n’y a plus de lurette
Sur la terre calcinée se termine la fête
Faute de combustible et le froid l’envahit
Et le soleil lui-même lentement s’obscurcit
Sur mon baril de poudre me reste une allumette
Je vous promets d’en faire bon usage
Prométhée, je vous le promets
Auteur Jean-Pierre Bourdeaux, compositeur Claude Nougaro, © 1981 Les Éditions du Chiffre Neuf.
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